Dégustation des Aligotés : les membres du Club bluffés

Dégustation des Aligotés

Suite à notre passage au Salon des Aligoteurs en avril dernier, mission nous était donnée (et nous l’avons acceptée avant que le message ne s’autodétruise…) de faire la promo de ce vieux cépage, qui depuis l’invention du Kir par notre célèbre chanoine dijonnais du même nom, a été amoindri, sali, voir haï ! « Comment ?! De l’Aligoté ? Ah, non, pas de ça chez nous, ce n’est vraiment pas bon ! » ou bien : « Moi je n’aime pas trop le kir, c’est un peu trop sucré », ou « c’est pour le mauvais blanc… » Voilà, ce que nous pouvons entendre régulièrement de nos amateurs de vins. Et là, nous vous répondons d’entrée de jeu : « C’est que vous n’avez jamais goûté de BONS Aligotés !!! » Il nous a d’ailleurs était difficile de convaincre nos membres et amis du Club des Oenopotes d’organiser cette dégustation. Mais nous avons bataillé et… nous avons gagné le pari de leur faire changer d’avis !

La genèse

Tout a commencé pour nous, le 23 avril 2018, lors d’un Salon, auquel nous avons été conviés par l’un des organisateurs de l’évênement (lors d’une très belle dégustation d’ailleurs, mais ça, c’est une autre histoire!). Ce Salon nous a permis de déguster des Aligotés, que des Aligotés et encore des Aligotés (et quelques Pinots tout de même au cours d’un fabuleux buffet). La conclusion fût simple : c’est bon, très bon même Malgrè une pluie battante, la persective d’une appellation si décriée et un timing très serré, les professionnels étaient nombreux à se réchauffer sous le barnum. De grands Domaines, des plus petits, des sourirs, des explications, de la passion… ont fait de cette journée une sacrée découverte. Nous avons été conquis, contaminés par l’Aligoté et ses défendeurs. A notre tour, nous nous sommes sentis la mission de soutenir et de faire découvrir ce cépage. Un sacré défi, relevé avec brio par ces organisateurs.

Il ressort des discussions avec les viticulteurs, quelques évidences :

  •  C’est simple de faire de bons Aligotés (ah bon ? Mais alors pourquoi on en a bu de si mauvais alors ?),
  •  Il faut éviter que la vigne ne devienne trop généreuse (et elle l’est !), en faisant une taille et un ébourgeonnage sérieux, au risque de se retrouver avec un vin acide et insipide que la crème de cassis « rattraperait »…
  •  Il faut surtout récolter des raisons sains et mûrs (cela semble évident, mais visiblement pas pour tout le monde). C’est en effet souvent une vendange trop précoce qui donne un aligoté acide, rèche et trop sec.

A la suite de ces discussions interessantes, il nous a semblé plus que nécessaire d’organiser une dégustation au sein du Club Oeno autour de ce cépage, et de faire la vie dure à quelques de nombreuses idées reçues.

Ce Salon nous a donc permis de sélectionner certains aligotés qui nous ont plu sur le vif. Le hasard (qui fait parfois bien les choses) et les conseils d’un caviste ont fait le reste…

Le Club Oeno et la (re)découverte de l’Aligoté

La dégustation concerne les millésimes 2015 et 2016, avec une petite incartade en 2017 pour démarrer

  1. Aligoté, Caveau bugiste 2017 :   à Vongnes dans l’Ain. En plein terroir du Cerdon, l’Aligoté a également sa place. Un Aligoté Vieilles Vignes avec une belle tension, vif et doublé d’un fruité très interessant. Un vin qui rafraichit le palais…
  2. Aligoté « Oubli le Cassis », Domaine Olivier, 2016 : On arrive en Bourgogne par la Porte de l’Excellence avec Antoine Olivier. Son nom pose le principe: pas besoin de cassis dans cet Aligoté. L’alliance est parfaite entre les caractéristiques du cépage et l’utilisation maîtrisée du fût. Une bouche fraiche, arômatique et une texture agréable. On peut dire que cela commence fort. Les préjugés commencent à s’estomper…
  3. Aligoté « En Rateaux », Domaine Gouffier, 2016 : Celui-là a été notre porte d’entrée vers l’Aligoté. Fidèle du Domaine, l’Aligoté est facile à boire et ravit les papilles. Un vin croquant, vif aux notes acidulées avec une finale saline et fraiche. Nos amis les sceptiques ne font plus les malins !
  4. Aligoté « Champ Forey », Domaine Jean Fournier, 2016 : Une précision impéccable pour ce vin bio situé sur la commune de Marsannay (Côtes-de-Nuits).  Les très Vieilles Vignes (entre 80 et 100 ans !) et les 5% de Melon (un cépage rare en Bourgogne, connu par les Nantais sous le nom de Muscadet), lui confèrent une grande originalité. Le vin offre un joli gras en bouche, avec des caractéristiques de l’Aligoté se retrouvent seulement dans les notes finales. Cela donne envie d’en ouvrir une seconde…
  5. Aligoté, Benoît Ente 2016 : Cet aligoté de vignes de Puligny-Montrachet. Benoît Ente travaille des petits volumes de manière millimétrée avec des élevages longs principalement en fût. Un vin d’une grande tension avec une bouche cristalline et minérale, laissant une belle longueur en bouche. Un Aligoté haute définition.
  6. Aligoté « Clos du Roy », Domaine Sylvain Pataille, 2016 : Sur un terroir des futurs 1er Crus de Marsannay, Sylvain Pataille (l’un des initiateurs du Salon et hautement défendeur du cépage) magnifie ce vin issu des vignes centenaires. La biodynamie nous livre un vin d’une pureté exceptionnelle, proche de la Nature avec une formidable tension et une complexité inouie. Certains dégustateurs reprocheront (enfin si l’on peut dire), un manque de gras. D’un autre côté, ce ne sont pas les critères principaux que l’on recherche dans l’Aligoté !
  7. Aligoté Vieilles Vignes Domaine Sorin-Coquard, 2015 : Un Aligoté provenant des terroirs de Sauvignon de Saint Bris. A contrario des deux ou trois dégustateurs qui reprochaient l’absence de gras au vin précedent, presque toutes nos fines bouches, reprochent à celui-ci l’absence de tension, avec des arômes trop matures pour ce cépage (sans doute dû au millésime). En effet, l’Aligoté doit conserver de la fraicheur !
  8. Aligoté, Nicolas Burguet, 2015 : Ce viticulteur revendique une vinification des blancs sans soufre et une viticulture sans désherbant. Un vin dégusté il y a quelques mois, qui n’a pas donné le même rendu. Le millésime avait fait son petit effet et nous avait ravi. La maturité de 2015 a commencé à faire retomber ce vin, récolté peut-être un peu tard.
  9. Aligoté, Henri Germain, 2015 : Ce Domaine réunissant trois générations pratique de la Haute Couture sur des petits volumes. Cet Aligoté offre une belle rondeur et un joli fruité en bouche. Des notes minérales et de fleurs blanches apportent un équilibre. Ce 2015 réussi l’exploit d’être vinifié sur la fraîcheur… !
  10. Aligoté, Domaine Guilhem et Jean-Huges Goisot, 2015 : On retrouve les vignes iconnaises avec ce Domaine réputé, qui nous a accueilli pour une dégustation mémorable (voir l’article). »Un terroir taillé pour l’Aligoté », d’après Guilhem. Un vin vieillit 6 mois en fût avec des raisins issus de la biodynamie. L’équilibre est parfait et le millésime ici ne fait pas un effet de chaptalisation naturelle. Tension, droiture, citrus et minéralité… Tout est là dans ce vin fin et gourmand.
  11. Ventus Solaris, Château Charmilly, 2011 : Nous avons terminé cette très belle dégustation, avec une rareté. Réalisée avec des raisins botrytisés séchés à l’air libre dans un pigeonnier sur un fil de paille. Ce vin est donc très riche avec ds arômes d’une concentration exceptionnelle d’arômes de fruits confits (coings, abricots…), équilibrés par l’acidité typique de l’Aligoté.

Bilan

Le bilan de cette dégustation a été très positif.

Certains de nos palais avertis baissaient un peu la tête à l’annonce du thème de la soirée. Le visage était tout autre une fois le verres vides et la bouche tapissée de doux arômes… Il faut dire que cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu une telle homogénéité sur 11 vins.

Evidemment, nous ne pouvons pas éviter de sortir quelques banalités :

  • les viticulteurs qui travaillent bien en vigne et en cave proposent les meilleurs aligotés. Les deux viticulteurs que nous connaissons peu, ont livré les Aligotés que nous avons jugés les moins aboutis.
  • le millésime 2015 bien qu’étant un grand millésime n’a sans doute pas été le plus facile à travailler et le plus représentatif du cépage avec moins de fraicheur et d’acidité que 2014 et des arômes enveloppant de fruits blancs.

Nombreux esprits libres sont tout de même ressortis réconciliés avec l’Aligoté et nous pouvons dire que cette soirée a été un franc succès ! Nous contribuons à notre manière à répandre la bonne parole de l’Aligoté et nous devenons à notre tour ses fervents défendeurs…

Alors: « Lberté, Aligoté et Fraternité  »